Secteurs Deeptech

Vendre de la cybersécurité B2B : guide pour startups deeptech

La cybersécurité B2B est un marché ou la confiance prime sur la technologie. Voici comment positionner une offre deeptech face aux géants, adresser les bons décideurs, et convertir dans un environnement réglementaire en mutation (NIS2, DORA).

Abraham Brakha||13 min de lecture

En cybersécurité B2B, la confiance prime sur la technologie. Un RSSI ne choisit pas une solution parce qu'elle a la meilleure architecture technique. Il la choisit parce qu'il est convaincu qu'elle va réduire son risque sans créer de nouveaux problèmes. Et pour un RSSI, acheter une solution d'une startup inconnue, c'est un risque en soi. Si demain il y a un incident et que le comité de direction découvre qu'il a choisi une startup de 15 personnes plutôt que CrowdStrike, il devra s'expliquer.

C'est le paradoxe fondamental de la vente cyber deeptech : votre technologie est peut-être supérieure sur un segment précis, mais personne ne le sait encore. Votre travail commercial n'est pas de démontrer la supériorité technique. C'est de construire la confiance nécessaire pour qu'un décideur prenne le risque de vous choisir. Ce guide détaille comment y parvenir, en s'appuyant notamment sur le cas Parcoor (cybersécurité médicale, 2 POCs + 100 licences signées) et les méthodes de prospection B2B en cycle long.


Les spécificités du marché cybersécurité B2B

Le marché de la cybersécurité en Europe représente plus de 35 milliards d'euros en 2025, avec une croissance annuelle de 12-15%. Mais ce chiffre global masque une réalité fragmentée. Le marché n'est pas un bloc homogène : il est structuré par des réglementations sectorielles, des cycles budgétaires spécifiques, et des niveaux de maturité très variables selon les industries.

NIS2 et DORA : les accélérateurs réglementaires

La directive NIS2, applicable depuis octobre 2024, a élargi les obligations de cybersécurité à plus de 150 000 entreprises en Europe. 18 secteurs sont désormais considérés comme critiques : énergie, transport, santé, eau, infrastructure numérique, mais aussi fabrication de dispositifs médicaux, gestion des déchets, et industrie alimentaire. Des secteurs qui, jusqu'ici, ne se sentaient pas concernés par la cybersécurité.

DORA (Digital Operational Resilience Act) impose des exigences similaires au secteur financier depuis janvier 2025. Banques, assurances, sociétés de gestion, fintech : toutes doivent démontrer leur résilience opérationnelle numérique.

Pour une startup cyber, ces réglementations créent un double effet :

  • Un déclencheur d'achat naturel : les entreprises concernées doivent se mettre en conformité sous peine de sanctions (jusqu'à 10 millions d'euros ou 2% du CA mondial pour NIS2). Ce n'est plus "on verra l'année prochaine", c'est "on doit agir maintenant".
  • Un cadre de discussion structuré : au lieu de vendre un produit, vous vendez une réponse à une exigence réglementaire. Le RSSI n'a plus besoin de justifier l'achat en interne, la réglementation le fait pour lui.

Les cycles budgétaires en cybersécurité

En cybersécurité, les budgets fonctionnent sur 2 temporalités :

  1. Le budget annuel planifié : décidé entre septembre et décembre pour l'année suivante. Si vous n'êtes pas dans le plan budgétaire en novembre, vous ne serez pas financé avant 12 mois. Cela signifie que votre prospection doit commencer en juin-juillet pour les deals de l'année suivante.
  2. Le budget d'urgence post-incident : déclenché après une attaque, un audit défavorable, ou une nouvelle exigence réglementaire. Ces budgets sont plus faciles à obtenir mais imprévisibles. La stratégie : être déjà identifié comme solution potentielle quand l'incident survient.

Le meilleur moment pour vendre de la cybersécurité, c'est avant l'incident. Le deuxième meilleur moment, c'est juste après. Dans les deux cas, il faut être déjà positionné dans l'esprit du décideur.


Les profils décideurs en cybersécurité B2B

Un achat cybersécurité implique typiquement 4 à 6 décideurs. Chacun a ses propres critères, son propre langage et ses propres peurs. L'erreur classique des startups deeptech : ne parler qu'au RSSI et ignorer les autres profils du comité de décision.

ProfilCe qu'il veutCe qu'il craintL'argument qui marche
RSSIRéduire la surface d'attaqueL'incident qui détruit sa crédibilitéCouverture d'un angle mort que ses outils actuels ne voient pas
DSIIntégration simple dans le SIUn outil de plus qui complexifie l'exploitationDéploiement en 2h, pas de dépendance cloud, API standard
DPOConformité RGPD et réglementaireL'amende et la notification publiqueConformité NIS2/DORA native, traçabilité, rapports d'audit
Direction généraleDormir tranquilleLa une du journal après une fuite de donnéesCoût de l'inaction vs coût de la solution (ratio 1 pour 50)

Le RSSI : votre champion technique, rarement le décideur final

Le RSSI est votre point d'entrée naturel. Il comprend votre technologie, il connait ses lacunes, il sait ou il est vulnérable. Mais dans 70% des cas, le RSSI n'a pas le pouvoir budgétaire. Il recommande, il ne signe pas. Votre travail : lui donner les arguments pour convaincre les autres profils du comité. Pas un argumentaire technique de 40 pages. Un résumé exécutif d'une page qui parle le langage de la direction générale : risque, coût, conformité, impact business.

La direction générale : le vrai décideur budgétaire

La direction générale ne comprend pas (et ne veut pas comprendre) les détails techniques. Elle veut savoir 3 choses : combien ça coûte, quel risque ça réduit, et qu'est-ce qui se passe si on ne fait rien. Le chiffre qui résonne le plus : le coût moyen d'une violation de données est de 4,45 millions de dollars en 2023 (IBM Cost of a Data Breach). Votre solution à 50 000 euros par an devient une assurance dérisoire en comparaison.

Le DPO : l'allié sous-estimé

Le DPO (Délégué à la Protection des Données) est souvent ignoré dans le cycle de vente cyber. C'est une erreur. Depuis NIS2 et le renforcement du RGPD, le DPO a gagné en influence dans les comités de décision. Il est directement concerné par la conformité et la traçabilité. Si votre solution génère des rapports d'audit exploitables, le DPO devient un allié naturel dans le comité de décision.


Comment positionner une offre cybersécurité face aux géants

Palo Alto Networks (CA annuel : 6,9 milliards de dollars), CrowdStrike (3,1 milliards), Fortinet (5,3 milliards) : voilà vos concurrents. Essayer de les concurrencer frontalement est suicidaire. Mais ce n'est pas nécessaire. La stratégie gagnante pour une startup deeptech passe par 3 axes.

Axe 1 : Le segment de marché que les géants ne couvrent pas

Les grands éditeurs construisent des solutions horizontales qui couvrent 80% des besoins de 80% des entreprises. Les 20% restants sont des niches sectorielles ou les besoins sont très spécifiques : cybersécurité des dispositifs médicaux, sécurité des systèmes industriels (OT), protection des données souveraines, sécurité des objets connectés critiques.

Votre discours ne doit jamais être "on est meilleur que CrowdStrike." Il doit être "CrowdStrike ne couvre pas votre problème spécifique, et voici pourquoi." C'est le positionnement qu'a adopté Parcoor sur la cybersécurité des dispositifs médicaux : les solutions généralistes ne peuvent pas scanner un appareil d'IRM sans risquer de l'interrompre. Parcoor le peut.

Axe 2 : La proximité comme avantage compétitif

Un RSSI qui achète CrowdStrike sait qu'il parlera à un account manager qui gère 200 comptes. En cas de problème, il ouvrira un ticket et attendra 24-48h. Une startup deeptech peut offrir un niveau de proximité que les géants ne peuvent pas répliquer : un CTO joignable en 30 minutes, un déploiement sur mesure, une adaptation du produit aux contraintes spécifiques du client.

Cette proximité n'est pas juste un argument commercial. C'est un facteur de confiance. Et en cybersécurité, la confiance est la monnaie d'échange principale.

Axe 3 : La conformité réglementaire comme terrain de jeu

NIS2 et DORA créent des exigences nouvelles que les solutions existantes ne couvrent pas toujours nativement. Si votre solution est conçue dès le départ pour répondre à une exigence réglementaire spécifique (rapports d'audit NIS2, tests de résilience DORA, traçabilité RGPD), vous avez un avantage structurel sur les géants qui adaptent leurs produits existants.

Ne jouez pas au même jeu que les géants. Changez les règles du jeu. Trouvez le segment ou votre expertise technique est un avantage décisif et ou les solutions généralistes échouent.


Cas Parcoor : de la cybersécurité médicale incomprise aux 2 POCs signés

Parcoor est une startup de cybersécurité spécialisée dans la protection des dispositifs médicaux connectés. Leur technologie est réellement différenciante : un scan de sécurité qui fonctionne directement sur l'appareil, sans connexion cloud, sans interruption de service. Le problème : personne ne comprenait pourquoi c'était important.

Le problème : 3 différenciants techniques que personne ne comprend

Quand Parcoor présentait sa solution, le pitch ressemblait à ça :

  1. "Déploiement on-device avec agent léger"
  2. "Scan passif sans injection de trafic réseau"
  3. "Analyse comportementale embarquée avec ML on-edge"

Trois phrases techniquement exactes. Trois phrases que 90% des décideurs ne comprennent pas. Le CTO d'un hôpital ne sait pas ce qu'est un "agent léger". Le directeur du système d'information ne sait pas pourquoi "l'injection de trafic réseau" est un problème. Et personne ne sait ce que "ML on-edge" signifie en pratique.

La solution : traduire la technique en bénéfices concrets

Le travail de repositionnement a consisté à traduire chaque différenciant technique en un bénéfice que le décideur vit au quotidien :

Ce que Parcoor disaitCe que les décideurs ont besoin d'entendre
"Déploiement on-device""Pas besoin de connecter vos appareils médicaux à Internet"
"Scan passif""Zéro interruption de service, le scanner ne perturbe jamais l'appareil"
"ML on-edge""Détection des menaces en temps réel, même si le réseau est coupé"

La différence n'est pas cosmétique. Le premier langage parle à un ingénieur R&D. Le second langage parle à un directeur de système d'information hospitalier qui gère 3 000 dispositifs médicaux et qui ne peut pas se permettre qu'un scanner de sécurité interrompe un appareil d'IRM en plein examen.

Résultat : 47 entreprises qualifiées, 197 décideurs, 2 POCs, 100 licences

En appliquant cette traduction systématiquement, combinée à la méthode de prospection en cycle long (30 conversations terrain, discours par profil, personnalisation à l'échelle), Parcoor a obtenu :

  • 47 entreprises qualifiées dans le segment cybersécurité médicale
  • 197 décideurs identifiés (RSSI, DSI, ingénieurs biomédicaux, directeurs d'établissement)
  • 2 POCs structurés avec des critères de succès mesurables et un plan de conversion
  • 100 licences pilote signées à l'issue des 2 POCs

La clé n'était pas d'améliorer la technologie. La technologie était déjà excellente. La clé était de la rendre compréhensible pour les gens qui décident de l'acheter. Pour comprendre en détail comment structurer un POC qui convertit, consultez l'article sur le passage du POC au contrat en deeptech.


Les 3 erreurs à éviter en vente cybersécurité deeptech

Après avoir accompagné plusieurs startups cyber dans leur développement commercial, les mêmes erreurs reviennent systématiquement. Voici les 3 plus fréquentes.

Erreur 1 : Vendre la technologie au lieu de vendre la réduction du risque

Les fondateurs techniques adorent expliquer comment leur solution fonctionne. Le problème : le RSSI ne s'en soucie pas. Il veut savoir ce que ça change pour lui. Est-ce que ça réduit sa surface d'attaque ? Est-ce que ça simplifie ses rapports d'audit ? Est-ce que ça couvre un angle mort que ses outils actuels ne voient pas ?

Le test est simple : si votre pitch contient plus de mots techniques que de mots business, vous êtes dans l'erreur. Un RSSI qui présente votre solution à son DG ne va pas parler de "ML on-edge". Il va dire "ça détecte les menaces sur nos appareils médicaux sans les perturber, et ça couvre un risque que nos outils actuels ne voient pas."

Erreur 2 : Ignorer le cycle budgétaire

Vous avez un RSSI convaincu en mars. Il veut acheter. Mais le budget cyber est bouclé depuis décembre. Résultat : 9 mois d'attente. Et en 9 mois, le RSSI change de poste, les priorités changent, un concurrent se positionne.

La parade : connaître le cycle budgétaire de votre prospect dès la phase de qualification. "Quand est-ce que les budgets sont arbitrés pour l'année prochaine ?" est une question qui vaut de l'or. Elle vous permet de caler votre timing de vente sur le timing budgétaire du client, pas sur votre propre calendrier commercial.

Erreur 3 : Ne pas exploiter les réglementations comme levier

NIS2, DORA, RGPD, HDS (Hébergement de Données de Santé) : ces réglementations ne sont pas des contraintes. Ce sont des déclencheurs d'achat. Chaque exigence réglementaire que votre solution couvre nativement est un argument de vente qui ne nécessite pas de convaincre. Le client doit se conformer, votre solution l'aide à le faire, la décision est rationnelle.

Pourtant, beaucoup de startups cyber mentionnent la conformité en bas de leur slide deck, comme un bonus. C'est l'inverse : la conformité devrait être en haut du pitch pour les profils DPO et direction générale. "Notre solution vous met en conformité avec l'article 21 de NIS2 en 4 semaines" est un argument plus puissant que "notre algorithme de détection a un taux de précision de 99,7%".

En cybersécurité B2B, les meilleurs commerciaux ne sont pas ceux qui comprennent le mieux la technologie. Ce sont ceux qui comprennent le mieux les peurs de leurs clients. Et la peur numéro un d'un RSSI n'est pas technique : c'est l'incident qui va détruire sa crédibilité devant le comité de direction.


Questions fréquentes

Comment vendre de la cybersécurité B2B face à Palo Alto ou CrowdStrike ?

Une startup deeptech ne gagne pas en concurrençant frontalement les géants sur leur terrain. Elle gagne en se positionnant sur un segment que les grands éditeurs ne couvrent pas : cybersécurité des dispositifs médicaux, sécurité OT industrielle, conformité sectorielle spécifique. Le discours doit être "CrowdStrike ne couvre pas votre problème spécifique, et voici pourquoi" plutôt que "on est meilleur que CrowdStrike." Associez ce positionnement à la proximité (CTO joignable en 30 minutes) et à la conformité réglementaire native.

Quels sont les profils décideurs en cybersécurité B2B ?

Le cycle de décision implique 4 profils principaux : le RSSI qui évalue la pertinence technique et la réduction du risque, le DSI qui valide l'intégration dans le SI existant, le DPO qui vérifie la conformité RGPD et réglementaire, et la direction générale qui arbitre le budget. Chacun achète pour des raisons différentes. Le RSSI veut couvrir ses angles morts, le DSI veut un déploiement simple, le DPO veut des rapports d'audit, et la DG veut éviter l'incident qui fait la une.

Quel impact a la directive NIS2 sur la vente de cybersécurité B2B ?

NIS2 élargit les obligations de cybersécurité à plus de 150 000 entreprises en Europe (18 secteurs critiques). Pour une startup cyber, c'est un accélérateur de vente : les entreprises concernées doivent se mettre en conformité sous peine de sanctions pouvant atteindre 10 millions d'euros ou 2% du CA mondial. La réglementation crée un déclencheur d'achat naturel et un cadre de discussion structuré. Votre solution ne se vend plus comme un produit mais comme une réponse à une obligation légale.

Combien de temps dure un cycle de vente en cybersécurité B2B ?

Entre 6 et 18 mois pour une startup deeptech. Le cycle inclut une évaluation technique (POC de 4-8 semaines), une validation par le RSSI et le DSI, une revue juridique et compliance, et un arbitrage budgétaire en comité de direction. Le secteur hospitalier ou défense peut prendre 12-24 mois. Pour raccourcir le cycle, identifiez les déclencheurs d'urgence : incident récent, échéance réglementaire NIS2, audit prévu. Et calez votre prospection sur le cycle budgétaire du client (arbitrages entre septembre et décembre).

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